SOINS

A leur arrivée au Centre, les oiseaux sont laissés un moment au calme de façon à ce qu’ils puissent évacuer le stress du transport avant d’être examinés. 

Pie réagissant peu à l’ouverture de son carton de transport, ayant passé plus de deux heures dedans (n. fientes), en appui sur ses deux pattes mais la tête et le cou rentrés dans les épaules (souffrante ?).


L’observation empathique 

L’examen débute par l’observation de l’état général de l’oiseau et de ses réactions à l’approche humaine. Entre corvidé observé et corvidé soigné, il n’y a qu’un pas – exemples :

  • Un spécimen ébouriffé et prostré présente de fortes probabilités d’être souffrant ou malade et, dans ces conditions, l’absence de réaction à l’approche viendra à l’appui des déductions faites sur la base de l’observation du plumage et de la posture ; 
  • Tel autre, l’œil vif et le plumage luisant réagira en poussant des pattes et de l’épaule contre la paroi du carton ou de sa caisse de transport située à l’opposé de l’approche donnant plutôt en cela des signes  de vitalité et de recherche de saine distance vis-à-vis de l’humain ;
  • A l’inverse est l’oiseau qui invite au contact, voire qui grimpe sur la main quand ce n’est pas sur l’épaule, ou le juvénile qui s’immobilise et ouvre grand le bec à la vue du doigt dans un attendu de nourrissage, tous deux donnant des signes d’imprégnation sans présenter toutefois d’égales chances de succès de ré-ensauvagement et de relâche. 

L’observation empathique et intuitive est davantage utilisée avec les enfants qu’avec les oiseaux mais elle est bien adaptée et productive. Parfois, les inférences portent sur l’environnement habituel des oiseaux. Ainsi le plumage « bigarré » d’une corneille noire, autrement dit un plumage leucique, est-il généralement un signe de carences. S’agissant d’un spécimen sauvage, l’hypothèse que son cadre de vie habituel soit la ville et non la campagne est vraisemblable (en milieu urbain, le pain compte pour une part importante de l’alimentation des corvidés). Dans une perspective de relâche, ce type d’observations importe notamment au regard du choix du site de relâche.

Jeune corbeau freux percuté par une voiture en région parisienne , vu par 2 vétérinaires, inopérable, ne pouvant plus voler, accueilli, pris en charge et ayant trouvé refuge au Centre au lieu d’être euthanasié.


L’examen « du bec à la queue »

Après ce temps d’observation, l’oiseau est pris en main en vue de procéder à son examen « du bec à la queue » tant par palpation (des segments osseux notamment) que par la vue (ecchymoses ? couleur de la muqueuse à l’intérieur du bec ? zones déplumées, plumes manquantes, cassées ou abîmées ailes/queue ? doigts, griffes intactes ou pas ? etc.). Au cours de cet examen, l’oiseau est également identifié individuellement de façon à éviter de multiplier les manipulations. 

Une fois l’examen et l’identification terminés, le temps nécessaire à l’apaisement du rythme cardiorespiratoire est estimé et reporté sur la fiche individuelle de suivi avec les observations faites précédemment. 

Les cas sont ensuite référés pour avis aux vétérinaires de référence du Centre ; les malades, souffrants, les cas douteux ou difficiles sont discutés et éventuellement soumis à analyses puis traitement.


Une prise en charge post-opératoire, des chances de ré-éducation 

Les spécimens nécessitant une chirurgie ne peuvent être admis au Centre faute de l’infrastructure nécessaire. Un oiseau présentant une fracture ouverte à une aile ou à une patte par exemple devra donc d’abord être dirigé vers un centre animalier équipé d’un service « hospitalisation » (voir liste des centres de soins dans la rubrique « Infos pratiques »). Une fois opéré, alors son transfert vers le centre pourra être envisagé de façon à ce qu’il puisse bénéficier d’une prise en charge appropriée le temps de sa convalescence. 

En plus des soins de pansement, de nettoyage de plaies et les traitements par voie orale pouvant être dispensés au Centre, la convalescence post-opératoire, après une période d’immobilisation (3 semaines ou +), comprend un travail sur la proprioception, les muscles posturaux et alaires (réhabilitation au vol), le comportement, la socialisation et les sociabilités intra-spécifiques. A l’issue de la durée d’immobilisation passée en box, l’oiseau est placé en volière intérieure au contact de ses congénères. Sans même parler des apprentissages par « frottement social », les corvidés sont des êtres sensibles et intelligents qui ont besoin d’occupations et des autres. En l’absence d’activités et de compagnie, ils s’ennuient voire dépriment quand l’en-vie du convalescent est à encourager.


Hygiène

L’hygiène des locaux, des espaces de nourrissage et du matériel, fait l’objet d’une attention rigoureuse. Parallèlement, des règles d’hygiène s’appliquent à la prise en charge des oiseaux, lesquelles sont renforcées avec les plus vulnérables et avec les sujets placés en quarantaine. Autant que faire se peut, le nettoyage vapeur et des produits nettoyants naturels sont utilisés en alternative aux produits désinfectants écocides, agressifs, irritants et corrosifs. Moins de matière organique (propreté physique) moins de possibilité de fixation des pathogènes (propreté microbiologique). 

En intérieur, les litières en paille ou en foin sont exclues (levures, champignons, bactéries, virus)


Alimentation

Les oiseaux carencés et dénutris, les oisillons et les juvéniles, reçoivent un régime alimentaire spécial (qualité, quantité, fréquence) et sont au besoin supplémentés (nutraceutiques).

Les oisillons par exemple sont placés en nurserie, en box-éleveuse, et nourris à la main toutes les deux heures quotidiennement puis à un rythme decrescendo jusqu’à ce qu’ils deviennent juvéniles. A ce stade de leur développement, ils rejoignent une volière-box intérieure où la phase de réensauvagement par facilitation sociale commence.


Geais tombés du nid à la suite d’une opération d’élagage en région parisienne, en pleine période de reproduction, recueillis par Crow life. Ici, nourris à la main (après désinfection au gel) de vers de farine et de fruits rouges.
Jeune pie tombée du nid, âgée d’un mois, nourrie toutes les 2 à 3 heures, jusqu’à ce qu’elle puisse se nourrir seule et être mise dans une volière de réensauvagement.


Les espèces de corvidés présentes en France sont omnivores, la composition du régime alimentaire variant toutefois sensiblement d’une espèce à une autre en fonction de la saison, de l’âge ou encore de la taille du bec des oiseaux (/espèces).

Grosso modo, un rapport de 40/60 est à respecter à partir de l’âge de 3 semaines :

  • 40% de protéines animales dont vers, insectes, larves, oeufs (toutes espèces omni) + carcasse, os charnus, petits mammifères (espèces à « fort bec pointu »)   
  • 60% de plantes, fruits, baies, graines

Les croquettes pour chats non stérilisés de qualité premium humidifiées ne sont pas le mieux mais elles sont bien tolérées et sans doute préférables à un régime alimentaire cru déséquilibré. 

Eau fraîche et propre (renouvelée à chaque nourrissage / oisillons, convalescents…).

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